Adolf Muschg – cet autre

(Adolf Muschg – der Andere)

Synopsis


Adolf Muschg
Adolf Muschg

Film de Erich Schmid
Sortie: 2021, DCP

Adolf Muschg, le plus grand écrivain suisse après Frisch et Dürrenmatt, a cherché l’autre en lui dans la confrontation des cultures orientale et occidentale, afin de comprendre ce qui nous est étranger.


Synopsis court

Adolf Muschg, le plus grand intellectuel suisse après Frisch et Dürrenmatt, s’est hissé au premier rang de la littérature. Il a été professeur à l’École polytechnique fédérale de Zurich et a présidé l’Académie des arts de Berlin. Le biopic suit les traces de son roman Heimkehr nach Fukushima au Japon, dans la zone radioactive, mais aussi dans le monastère zen où Muschg a cherché son altérité afin de mieux comprendre ce qui nous est étranger. Son départ dans la vie est difficile. Un père qui meurt alors qu’il est encore jeune, une mère dépressive... Le petit orphelin effectue sa scolarité dans un internat, part étudier à Zurich et à Cambridge, et finit par enseigner à Tokyo, Göttingen ainsi qu’à l’université Cornell aux États-Unis, où il s’implique en politique de 1967 à 1969, une période marquée par divers bouleversements (Vietnam, Woodstock).


Synopsis intermédiaire

L’écrivain suisse Adolf Muschg, le plus grand intellectuel du pays après Frisch et Dürrenmatt, s’est hissé au premier rang de la littérature allemande. Il s’est passionné pour l’étude et la confrontation des cultures orientale et occidentale. Le biopic suit les traces de son roman Heimkehr nach Fukushima au Japon, d’abord dans la zone radioactive, puis dans le monastère zen où Muschg a cherché son altérité pour permettre à l’être humain d’accéder différemment à soi et à l’autre – y compris d’un point de vue social et politique.

Adolf Muschg grandit auprès d’un père très conservateur et très religieux et d’une mère atteinte d’une grave dépression. Son père meurt alors qu’il est encore jeune et sa mère est régulièrement hospitalisée. Les abus sexuels qu’elle a subis au sein de sa famille durant son enfance ont des conséquences irrémédiables pour son fils. Affaiblie par son état, elle n’est quasiment pas présente pour Adolf. Mais quand il est malade, elle redouble d’attention pour lui ; ce sont alors des moments de bonheur où il se sent aimé et en sécurité. Ce « bénéfice de la maladie» se traduit par une hypocondrie dont Muschg souffrira toute sa vie.

Soucieux de ménager sa mère, l’élève modèle répond à toutes ses attentes, souvent élevées. Elle l’envoie chez les scouts de Zollikon, pépinière de la future élite, où il chante des airs nazis sans le savoir. Lors du baptême d’intégration, on veut lui plonger la tête dans une cuvette d’urine. Pour la première fois, Adolf se rebelle, quitte l’établissement et devient un autre.

Adolf Muschg entre à l’internat évangélique de Schiers – à l’époque, il s’agit encore d’une maison de redressement. L’orphelin se sent triplement abandonné : par son père décédé, par sa mère malade et par Dieu. Dans cette institution, religion et discipline sont les maîtres mots. Par la suite, il étudie la littérature allemande et la psychologie à Zurich et Cambridge, puis enseigne à l’Université chrétienne internationale de Tokyo, où il écrit son premier roman : Im Sommer des Hasen. S’ensuit une période de bouleversements aux États-Unis où il est professeur à la célèbre université Cornell d’Ithaca et où il assiste à la première occupation d’un bâtiment universitaire par des Black Panthers armés.

S’il s’était trouvé en Europe en 1968 et s’il avait soutenu la contestation étudiante, « ce qui serait arrivé, alors j’aurais pu faire une croix sur mon poste à l’EPF. On m’aurait refusé la chaire professorale pour raison politique ». À compter de 1970, Adolf Muschg enseigne la littérature à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPF) – où il restera 30 ans –, encourage de jeunes écrivains talentueux et fonde le Collegium Helveticum, un laboratoire d’idées interdisciplinaire ouvert à des participants du monde entier. Adolf Muschg est un être doté d’une conscience politique. Il est à l’origine du préambule de la Constitution fédérale suisse. Lorsque l’opinion publique apprend que les autorités fédérales ont observé et fiché des milliers d’innocents, il prend la parole à Berne, en 1990, lors d’une manifestation massive et exige la démission de deux membres du Conseil fédéral.

Il repart bientôt au Japon où il rencontre sa troisième femme, Atsuko Muschg Kanto, lors d’une tournée de lectures en 1991. Il se rapproche de spécialistes du zen, et c’est finalement auprès du vieux maître Daisetz Teitaro Suzuki qu’il trouve ce qu’il cherche : l’autre en lui. « Mon voisin dans le village suisse de Männedorf peut m’être bien plus étranger que mon voisin à Kyoto », dit-il. « Il y a ceci de beau chez l’autre : il ne nous apprend peut-être rien sur lui, mais tellement sur nous-mêmes. » En tant qu’homme de lettres, Adolf Muschg consacrera aussi ses livres à ce phénomène.

« L’essence du bouddhisme, c’est justement que nous sommes pareils à l’autre tel que nous sommes, parce que nous sommes nous-mêmes différents de ce que nous pensons être – c’est un raisonnement un peu complexe, mais qui ne correspond clairement pas au modèle occidental de l’être humain : l’in-dividu, l’indivisible ! – Eh bien si, nous sommes divisibles, heureusement. »

La présidence de l’Académie des arts de Berlin est la plus haute fonction que puisse occuper un artiste dans l’espace germanophone. Elle a été confiée à Adolf Muschg de 2003 à 2006. C’est à cette période que l’institution a déménagé dans un bâtiment à la façade de verre, à côté de la Porte de Brandebourg. C’est là que commence le film, avec une lecture présentée par l’actuelle présidente de l’Académie, Jeanine Meerapfel, suivie d’un entretien avec l’ancien président du Bundestag, Norbert Lammert.

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1 terme de la psychologie analytique


Synopsis long

L’écrivain suisse Adolf Muschg, le plus grand intellectuel du pays après Frisch et Dürrenmatt, s’est hissé au premier rang de la littérature allemande. Il s’est passionné pour l’étude et la confrontation des cultures orientale et occidentale. Le biopic suit les traces de son roman Heimkehr nach Fukushima au Japon, d’abord dans la zone radioactive, puis dans le monastère zen où Muschg a cherché son altérité.

« Bénéfice de la maladie » et hypocondrie
Adolf Muschg grandit auprès d’un père très conservateur et très religieux et d’une mère atteinte d’une grave dépression. Il est très tôt livré à lui-même ; son père meurt alors qu’il n’a que 13 ans et sa mère est régulièrement hospitalisée. C’est par hasard qu’il apprend par sa tante les raisons profondes de l’état dépressif chronique de sa mère. Durant son enfance, elle a été sexuellement abusée par son père – un garde-barrière devenu surveillant de voie –, ce qui aura de graves conséquences pour Adolf. Elle sombre dans un état qui ne lui permet pas d’être présente pour lui. Elle a tout juste la force de le soigner quand il est malade, et redouble alors d’attention, comme pour compenser ses absences. Ainsi, les jours de fièvre sont pour Adolf des moments de bonheur où il se sent aimé et en sécurité – un « bénéfice de la maladie », comme le désigne la psychanalyse, qui se traduira chez lui par une hypocondrie sévère. Adolf Muschg en souffrira au point de se faire retirer certains organes sains.

Chants nazis chez les scouts
Pour un enfant né en 1934 et baptisé Adolf, le départ dans la vie est difficile. Il dit lui-même avoir connu la peine de mort avec la disparition précoce de son père et la folie avec la dépression de sa mère. Soucieux de ménager cette dernière, l’élève modèle répond à toutes ses attentes, souvent élevées. À Zollikon, la commune où il vit sur la Côte d’or zurichoise, il faut entrer chez les scouts pour être sûr de réussir. Ce corps de scoutisme, pépinière de la future élite, rayonne bien au-delà des frontières du village. C’est seulement bien plus tard qu’il se rend compte du caractère nazi des airs qu’on lui fait chanter et qu’il comprend la signification du cri de guerre des scouts de Zollikon, « Harus ! », un héritage millénaire que les frontistes suisses ont adopté comme salut hitlérien. Le baptême d’intégration d’Adolf Muschg sous le nom de « Spirit » s’inscrit dans la même veine. On l’enferme dans un sac, on le suspend par les pieds et on veut lui plonger la tête dans une cuvette d’urine. Pris de claustrophobie, il se met à crier : « Laissez-moi sortir ! ». Cet événement marque un tournant décisif dans la vie d’Adolf Muschg. Il quitte les scouts et devient un autre.

Internat à Schiers
La vie lui donne alors un petit coup de pouce. Après la mort de leur père, son demi-frère de trente ans son aîné, professeur renommé à Bâle et membre du Conseil national à Berne, émet l’idée que ce dont Adolf a besoin, ce n’est pas un enseignement général, mais une formation à un métier, par exemple celui de tailleur. Un voisin charitable le prend alors chez lui et lui trouve une place à l’internat évangélique de Schiers, commune reculée dans les montagnes des Grisons – à l’époque, il s’agit encore d’une « maison de redressement ». Mais là encore, Adolf vit mal le fait d’avoir perdu son père et d’avoir été abandonné par sa mère malade.

« L’enfance est la période où l’on est le plus mal compris. À l’internat, tout ce qui était important pour nous, adolescents, était tu – ou censuré. De la discipline, rien que de la discipline, de la retenue et l’étouffement de mes vrais besoins. Je n’avais pas le droit de me sentir malheureux, de me sentir abandonné, il fallait au contraire que je dise à quel point j’allais bien à Schiers, à quel point la foi chrétienne qui nous était enseignée était merveilleuse pour moi, et tous les bons amis que j’avais ici – ce n’était même pas la moitié de la vérité. »

Période de bouleversements au Japon et aux États-Unis
Adolf Muschg étudie la littérature allemande et la psychologie à l’université de Zurich et de Cambridge, où il obtient un doctorat avec une thèse sur Ernst Barlach. Il enseigne ensuite à l’Université chrétienne internationale de Tokyo et assiste aux premières contestations étudiantes au début des années 1960. C’est à Tokyo qu’il écrit son premier roman, Im Sommer des Hasen, qui connaît aussitôt un grand succès. S’ensuivent deux années de bouleversements aux États-Unis. Entre 1967 et 1969, il est professeur à la très renommée université Cornell d’Ithaca (d’où est sortie diplômée peu avant la juge américaine Ruth Bader Ginsberg). Adolf Muschg prend part aux manifestations contre la guerre du Vietnam et s’engage comme assesseur pour le candidat démocrate à la présidence américaine Eugene McCarthy (adversaire du républicain Joseph McCarthy, initiateur de la célèbre « chasse aux sorcières »). Muschg assiste sur le campus à un concert live de Bob Dylan et à la toute première occupation d’un bâtiment universitaire par des Black Panthers armés.

Ateliers d’écriture et laboratoire d’idées à l’ETH
« Si j’avais été en Europe en 1968/69 et si j’avais été contraint, amené ou motivé à me solidariser avec la contestation étudiante, je l’aurais fait », dit-il avec le recul. « Mais j’aurais pu faire une croix sur mon poste à l’EPF. On m’aurait refusé la chaire professorale pour raison politique. » À compter de 1970, Adolf Muschg enseignera la littérature pendant 30 ans à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPF) où il pratique un enseignement libéral en ouvrant ses cours au public. Lors d’ateliers d’écriture, il encourage de jeunes écrivains talentueux, comme l’écrivaine Ruth Schweikert et la future lauréate du Prix du livre allemand et suisse Melinda Nadj Abonji. À la fin de son professorat, il fonde le Collegium Helveticum, un laboratoire d’idées interdisciplinaire ouvert à des participants du monde entier

Implication politique
Au milieu des années 1970, Adolf Muschg se présente à la chambre haute du parlement fédéral suisse, à Berne : le conseil des États. Malgré le soutien de Max Frisch et Günter Grass, il échoue à cette élection, mais est élu au sein de deux commissions fédérales, dont l’une prépare la révision totale de la Constitution suisse. L’actuel préambule est en partie inspiré par Adolf Muschg. L’écrivain et professeur est doté d’une conscience politique forte. Lorsqu’éclate en Suisse un scandale révélant l’existence de 900 000 fiches et dossiers sur plus de 700 000 personnes et organisations, y compris de nombreux rapports fournis par des indicateurs, Adolf Muschg monte à la tribune le 3 mars 1990, lors d’une manifestation massive qui rassemble 30 000 citoyens inquiets, et déclare : « La Suisse doit se débarrasser de sa puanteur, pour que nous puissions y respirer à nouveau. » Il exige la démission des responsables et de deux membres du gouvernement.

Culture orientale et occidentale
Il repart bientôt, d’abord aux États-Unis grâce à une bourse, puis au Japon où il rencontre sa troisième femme, Atsuko Muschg Kanto, lors d’une tournée de lectures en 1991. Il se rapproche des spécialistes du zen Shin’ichi Hisamatsu et Sekkei Harada, et c’est finalement auprès du vieux maître Daisetz Teitaro Suzuki à Kamakura qu’il trouve ce qu’il cherche : l’autre en lui. « Le Japon a été mon autre dans la vie, que j’ai voulu m’approprier, où j’ai découvert mes propres limites avec lesquelles j’ai plus ou moins appris à vivre, avec ou sans le Japon, mais le Japon a été mon intermédiaire. Nous devons équilibrer ce que nous appelons l’est et l’ouest. J’ai découvert que tous les clichés ne sont pas vrais. Mon voisin à Männedorf peut m’être bien plus étranger que mon voisin à Kyoto. Avec un peu de chance, l’autre nous apprend à mieux nous connaître. Il y a ceci de beau chez l’autre : il ne nous apprend peut-être rien sur lui, mais tellement sur nous-mêmes. » Adolf Musch consacrera aussi ses livres à ce phénomène.

L’autre en soi
« J’ai pratiqué le zazen, la méditation zen. Je suis resté assis aussi longtemps que mes genoux me l’ont permis, et bien sûr, impossible de penser à autre chose qu’à mes genoux endoloris – il faut beaucoup de temps pour oublier la douleur, et il y a plein de manières de l’oublier. À un moment donné, la douleur est si grande qu’elle se transforme en vide. Or, nous ne sommes plus habitués à voir la plénitude dans le vide, comme les Japonais qui voient par exemple la lune vide dans la pleine lune. Le yin dans le yang, la clarté dans l’obscurité. Ça va ensemble. Nous, nous séparons les choses – déjà dans le monde numérique, nous pensons sans arrêt en termes de choix, c’est soit l’un soit l’autre, noir ou blanc, éphémère ou éternel. Le bouddhisme zen ne fait pas cette différence, l’éphémère est éternel et l’éternel est éphémère. L’essence du bouddhisme, c’est justement que nous sommes pareils à l’autre tel que nous sommes, parce que nous sommes nous-mêmes différents de ce que nous pensons être – c’est un raisonnement qui peut sembler un peu complexe, mais qui ne correspond clairement pas au modèle occidental de l’être humain : l’in-dividu, l’indivisible ! – Eh bien si, nous sommes divisibles, heureusement. »

Ce regard est-ouest sur l’individu (in-dividere = non divisible) permet non seulement d’acquérir un autre point de vue sur les relations humaines, mais élargit également la conscience socio-politique dans le rapport à l’étranger, à l’opinion divergente et à la différence.

Président de l’Académie des arts
La présidence de l’Académie des arts de Berlin est la plus haute fonction que puisse occuper un artiste dans l’espace germanophone. Elle a été confiée à Adolf Muschg de 2003 à 2006. C’est à cette période que l’institution a quitté le quartier Hansaviertel de Berlin pour investir un bâtiment neuf à la façade de verre sur la Pariser Platz, à côté du célèbre hôtel Adlon, près de la Porte de Brandebourg. À son grand regret, peu de choses ont changé durant sa présidence, si ce n’est cette architecture transparente censée donner un second souffle à un lieu sévèrement touché pendant la guerre et cerné par le Mur de Berlin durant la Guerre froide. C’est dans ce nouveau décor que commence le film avec une lecture d’Adolf Muschg présentée par l’actuelle présidente de l’Académie, Jeanine Meerapfel, suivie d’un entretien avec l’ancien président du Bundestag, Norbert Lammert.

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